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#BrunschvicgRaisonReligion l’opposition fondamentale plan vital-plan spirituel dans quatre films

Plus le temps passe plus je me rends compte combien cette opposition fondamentale décrite au chapitre 1 de « Raison et religion » est…fondamentale:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/05/19/brunschvicgraisonreligion-les-oppositions-fondamentales-moi-vital-ou-moi-spirituel/

J’ai vu les films dont je vais parler brièvement à la télévision, et récemment; oui je sais que ce n’est pas bien de regarder la télévision, même Arte, surtout Arte, mais j’ai regardé ces films, mea culpa, mea maxima culpa…

Premier film : « La révolution française » , il s’agit du film en deux partie de Robert Enrico sorti en 1989 pour le bicentenaire: « Les années lumière » et « Les années terribles ».
L’opposition fondamentale est ici symbolisée, et plus que cela, incarnée entre Danton et Robespierre. C’est encore plus évident dans le film « Danton », sorti en 1982, à cause du jeu de Depardieu.

Pour une soirée des grands ducs dans « Paris by night » , j’aurais choisi Danton plutôt que Robespierre…

Seulement il arrive comme souvent que Robespierre s’égare dans des illusions pseudo-religieuses qui le conduisent à sa fête de l’Etre Suprême en 1794, année terrible s’il en fût, peu de temps avant sa mort sur l’échafaud.

Alors que Danton, solidement relié au plan vital, a au moins évité ces billevesées, et n’aurait sans doute pas quant à lui cru en la nécessité de la Terreur.

Dieu est une Idée, celle de perfection et d’unité absolue, pas un étant ou un être suprême

Je pense qu’au final l’échec historique tragique de la Révolution, qui explique beaucoup concernant les deux siècles écoulés depuis, est dû à ce « pas de deux » entre Danton et Robespierre.
Deuxième film : « La ligne rouge » de Terrence Malick sur Arte dimanche dernier.
Ici encore l’opposition est traduite (ce qui convient évidemment au cinéma) par la polarité entre le sergent Welsh joué par Sean Penn, qui croit qu’il n’y a que ce seul monde, soit le plan vital, et le soldat Witt qui au début « déserte » en quelque sorte en vivant avec la tribu autochtone, juste avant la terrible bataille de Guadalcanal. Là encore le soldat Witt place cet « autre monde » dont il ne fait que rêver dans la nature si belle de l’île et une insondable « origine » dont croit il les autochtones et leur mode de vie sont plus proches que les américains.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/La_Ligne_rouge_(film,_1998)

L’ironie est ici que cette terrible bataille de Guadalcanal et les suivantes auraient pu être, envisagées dans leur véritable portée, celle d’une guerre d’idées, une voie vers l’esprit, car il FALLAIT (de la même façon que le shérif joué par Gary Cooper dans « High noon ») réduire à néant le Japon impérial comme le Reich hitlérien : seulement combien de soldats ou même d’officiers américains savaient ils cela ?

ce qui différencie les Idées véritables des simples concepts, c’est le caractère de nécessité et d’universalité absolue, présent dans les Idées mathématiques : Dieu est une Idée, non pas un être ou un simple concept, en ce sens que cette Idée oblige, sur le mode du « Tu dois », « Il faut », celui de la nécessité absolue, surplombant l’ordre de la chair.

Ceux qui ont compris une Idée mathématique ne peuvent plus faire comme si elle voulait signifier autre chose: de même ceux qui ont vu l’Idée de Dieu, qui est la plus haute, celle de la Perfection et de l’unité absolue, ne peuvent plus se dérober même au sacrifice suprême : il fallait anéantir le Japon impérial comme le Reich hitlerien, même au prix des atroces bombardements sur Hambourg, Dresde, Tokyo ou Hiroshima parce que l’idéologie hitlérienne comme celle de l’empereur japonais comme Dieu vivant allaient contre l’Idée d’unité Absolue. Et c’est pour la même raison qu’il faut anéantir l’Islam comme idéologie pervertie de l’Un.

Le troisième film est « Paris Texas » de Wim Wenders (1984) : la fuite de Travis (Harry Dean Stanton) dans le désert et la solitude et l’errance d’un clochard, loin de sa famille et de l’humanité « normale » ressemble bien à l’errance des hébreux au désert, qui symbolise dans la Torah le « parcours ascétique » entre le plan vital et le plan spirituel (qui est la « Terre promise »), sauf qu’il fuit à la suite d’un terrible échec de son couple. Il sera ramené de cet « entre deux », ce « no man’s land » par son frère dans le « monde des vivants » (le plan vital), et il fera à ce plan des générations une ultime concession en réunissant son fils de 8 ans avec la mère de celui ci, son ancienne compagne. Une terrifiante fusion de la mère, « celle qui dit le nom de celui qui dit non », et l’enfant, pendant que « celui qui dit non » prend la fuite en voiture loin de ces deux naufragés du monde moderne (de 1984, pendant ces 30 dernières années ce monde a encore évolué vers le chaos, comme l’on sait).

Enfin le dernier film est le chef d’œuvre de Kurosawa, « Les sept samouraïs » (1954), passé hier soir sur Arte.
On y reconnaît la tripartition indo-européenne entre les producteurs (les paysans), les guerriers (les samouraïs) et les sacerdotaux devenus de nos jours les intellectuels (vrais ou plus souvent de pacotille), qui au Japon sont les bonzes, mais sont bien absents du film. On doit y ajouter les bandits, qui se situent en dehors de l’ordre, mais sont analogues aux samouraïs.
Les producteurs représentent évidemment le plan vital, celui des cycles de saisons et des générations qui se succèdent. Les bonzes (ou les moines en Occident) sont liés au plan spirituel, ils sont donc tenus en principe à la chasteté ( seulement ils ont failli à leur mission et doivent donc être remplacés par les mathématiciens); quant aux guerriers (kshatriyas en Inde, chevalerie en Occident, samouraïs japonais) ils ont en principe une voie spirituelle qui leur est propre, et passe par le mépris de la mort et donc de la vie.
Seulement avec l’industrialisation moderne, qui est intervenue au Japon sous l’ère Meiji, tout ceci s’est perdu : et c’est ainsi que les soldats japonais en 1937 se sont rendus coupables en Chine de crimes de guerre et de viols innombrables. Qu’en aurait pensé les adeptes du Bushido?

Pour résumer, l’opposition entre plan spirituel et plan vital se manifeste avec évidence dans ces quatre films et dans bien d’autres, mais il n’y est montré qu’un « analogon » de l’Esprit, une fausse image qui voile ce qu’elle désigne.

Si l’on admet la thèse (scandaleuse certes) qui est la mienne et selon laquelle la seule ascèse qui oriente vers le plan spirituel est celle, intellectuelle, de la MATHESIS , tout s’explique : car les films ne font que « raconter des histoires », y compris lorsque rarement ils parlent de savants, comme c’est le cas avec John Nash dans « A beautiful mind » ou avec Alan Turing dans « The imitation game », en restreignant leur thématique aux problèmes psychiatriques de Nash ou à l’homosexualité de Turing, donc au psychique, au plan vital.

La dernière oeuvre qui a « raconté des histoires » sur le plan spirituel est la Torah où celui ci est symbolisé par la Terre Promise et regardez ce que cela a donné : une guerre interminable entre les trois « religions » qui se réclament du même Dieu unique!

C’est que les (pseudo) « religions » ont conçu Dieu comme un être suprême, et non comme une Idée qui seule peut unifier l’humanité comme le font les idées mathématiques : a t’on jamais vu une guerre entre mathématiciens rivaux Avec attentats terroristes et bombardements de villes ?

Comme dit Brunschvicg:

« Les trois propositions génératrices du scepticisme, de l’immoralisme et de l’athéisme sont : le vrai est, le bien est, Dieu est »

soit cette attitude mentale qui consiste à traiter les Idées comme des étants, attitude propre au plan vital mais qui ne fonctionne plus pour le plan spirituel, qui est intelligibilité et unité : les étants sont multiplicité pure, les Idées unifient.

Et les véritables athées sont donc les croyants, ceux qui disent que DIEU EST

Je terminerai avec un cinquième film que je n’ai pas vu à la télévision mais au cinéma à sa sortie et en streaming hier:

The canyons de Paul Schrader (qui était le scénariste de Taxi Driver en 1975)

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/The_Canyons

un film où le plan spirituel se manifeste là aussi et même encore plus intensément : par son absence totale, comme ce qui manque

comme dans la vraie vie quoi…

D’où l’impression de profond malaise que laisse le film…

Un « manque » qui est quand même « rendu visible » par les images d’anciens cinémas désaffectés et en ruine au générique..

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Autre cours d’Olivia Caramello sur la théorie des topoi

Sous le hashtag #GrothendieckTopos nous suivons déjà les vidéos du cours donné à Paris sur les topoi de Grothendieck:

https://sites.google.com/site/logiquecategorique/cours/topos_caramello/cours-du-14-janvier-2013-rappels-sur-les-topos-de-grothendieck

mais il y a aussi les cours donnés à Cambridge, sous forme non de vidéos mais de transparents (« slides ») qui constituent un excellent complément:

http://www.oliviacaramello.com/Teaching/Teaching.htm

Les cours 2, 3 et 4 donnent tout ce qu’il faut savoir sur la théorie générale des catégories pour aborder les topoi, et le cours 1 est un survol général du cours :

http://www.oliviacaramello.com/Teaching/CambridgeToposTheoryCourseLecture1.pdf

On y voit apprend qu’un topos peur être vu comme:

– un espace (topologique) généralisé

– un univers mathématique (un univers de pensée)

– une théorie mathématique « modulo » l’équivalence de Morita

Cette dernière notion est plus technique, nous n’avons pas encore vu l’équivalence de Morita, et ce cours et l’autre nous y mèneront : « modulo » veut dire que l’on identifie les théories qui sont équivalentes sous ce point de vue.

Quant aux deux premiers ils résument ce que Laurent Lafforgue appelle la merveilleuse pensée géométrique de Grothendieck héritée (ou rejoignant sans contact direct) selon lui des intuitions de Simone Weil.

Un topos, considéré comme un univers mathématique, est un univers de pensée par ce que la mathématique n’est pas une simple technique (comme on l’a voyait en Orient avant Thales et Platon, mais une pensée, comme Badiou le dit fort justement.

Mais il faut aller plus loin: la MATHESIS est LA pensée

Elle est cette intelligence-sagesse humaine dont parle Descartes et qui est comme la lumière du Soleil intelligible:

https://renatuscartesiusmathesisuniversalis.wordpress.com/2015/07/31/la-table-demeraude-et-la-premiere-regle-pour-la-direction-de-lesprit-de-descartes/

Mais il existe un quatrième point de vue qui est celui spécifique d’Olivia Caramello : celui des topoi comme ponts unifiants entre divers domaines mathématiques, la théorie des topoi devenant ainsi celle de l’unification des mathématiques.

Cette idée fondamentale est expliquée ici:

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/2015/07/30/grothendiecktopos-5-idee-centrale-du-cours-sur-les-topoi-de-grothendieck-comme-ponts-unifiants/