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Le sens profond de l’œuvre cinématographique de Jean-Pierre Melville et l’Ouvert

Il est possible de voir “Le samouraï” (1967) gratuitement sur YouTube: Dépêchez vous d’en profiter, cela ne va certainement pas durer longtemps .Les liens que j’avais donné …

Source : Le sens profond de l’œuvre cinématographique de Jean-Pierre Melville et l’Ouvert

« Le deuxième souffle » de Jean Pierre Melville

On peut voir ce film ici, en deux parties:

Le deuxième souffle partie 1

et

Le deuxième souffle partie 2

Ce film est un chef d’œuvre, mais l’on peut se poser la question : pourquoi Melville ment il au début du film lorsqu’il précise que « les circonstances, les situations, et les personnages de ce film » sont imaginaires, et ne sont pas tirés de la vie réelle ?

Car ceci est faux et Melville, qui avait vécu la période de la guerre, dans la Résistance, ne pouvait pas ne pas le savoir.

Le film est adopté du roman de José Giovanni :

http://fr.m.wikipedia.org/wiki/Le_Deuxième_Souffle

« José Giovanni s’était inspiré pour son roman d’origine de personnes réelles qu’il avait fréquentées dans le « Milieu » pendant l’Occupation ou en prison après-guerre. Gu Minda c’est en fait Gustave Méla, dit « Gu le terrible »[2], qui en septembre 1938 avait réalisé l’attaque du « train d’or ». Condamné, il s’était échappé de la prison de Castres en mars 1944 avec Bernard Madeleine, comme dans le début du film. C’est avec Madeleine, le futur « caïd des caïds », que Giovanni avait participé aux exactions d’un faux maquis en Bretagne en juin 1944. La vraie Manouche s’appelait Germaine Germain, dite « Manouche ». C’était la maîtresse de Paul Carbone, « l’empereur de Marseille » qui travaillait avec « la Carlingue ». Orloff c’est Nicolaï Alexandre Raineroff dit « Orloff », agent de la Gestapo, qui sera fusillé pour intelligence avec l’ennemi le 8 mai 1945, et avec lequel Giovanni avait rançonné deux Juifs cachés à Lyon en août 1944. Enfin, le commissaire Blot s’inspire du commissaire Georges Clot, responsable à la Libération de la cellule anti-Gestapo de la police judiciaire »

et José Giovanni (de son vrai nom Joseph Damiani) l’auteur du roman, avait été condamné à mort en 1948, puis gracié, pour assassinats, il avait été actif dans la collaboration, et aussi participé à cette pseudo-résistance qui avait pour but de rançonner et de racketter (des juifs notamment)

http://fr.m.wikipedia.org/wiki/José_Giovanni

« En mars 1944 il devient garde du corps du directeur allemand de l’OPA (Office de placement allemand) de la Canebière à Marseille et membre du Schutzkorps (SK)[7] sous le numéro matricule 123. Il détient un ausweiss (laissez-passer allemand) du 25 avril au 26 juin 1944 ainsi qu’une autorisation allemande de port d’armes. Il participe en Provence à de nombreuses arrestations, souvent accompagnées de chantages[8], de Français et d’étrangers qui sont envoyés travailler en Allemagne.

À Paris, Joseph Damiani aurait participé, sous uniforme allemand, à des opérations de chantage contre des trafiquants montées par son oncle « Santos »[9].

Dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 1944, Joseph Damiani participe en compagnie de Bernard Madeleine[10], sous les couleurs de « la Résistance », à l’« expédition » d’un faux maquis mené par Edouard Dirand, dit « Eddy », dit « Lieutenant Georges », chez un commerçant de La Guerche-de-Bretagne qu’ils dévalisent[11].

En août 1944 il se rend à Lyon avec un complice, un certain Orloff[12], agent de la Gestapo, qui sera fusillé après la Libération pour Intelligence avec l’ennemi le 8 mai 1945. Se présentant comme étant de la police allemande, ils y rançonnent deux négociants juifs.
….Après la Libération, Joseph Damiani, son frère Paul Damiani[13], ancien membre de la Milice gestapiste, Georges Accad, ancien membre de la Gestapo de l’avenue Foch[14] et Jacques Ménassole, ancien milicien et garde du corps de Jean Hérold-Paquis de Radio-Paris — qui a revêtu l’uniforme d’un sous-lieutenant de l’Armée française pour l’occasion — se présentent le 18 mai 1945 chez Haïm Cohen, dit « Collu », représentant en vin, rue Gramont à Paris, comme étant de la sureté militaire. Ils l’emmènent en prétendant le confronter à des témoins qui l’accusent de marché noir. Dans une villa à Suresnes, « le Bon Repos », louée par les frères Damiani, il est torturé et contraint de livrer la clé de son coffre-fort[15] et de leur remettre un chèque au porteur de 105 000 francs avant d’être abattu d’une balle de 6,35 dans la tempe. Son corps est jeté dans la Seine au Pont de Sèvres. Joseph Damiani encaisse le chèque à la banque Barclay’s sous l’identité du « comte J. de Montreuil ».

Quelques jours plus tard, le 31 mai suivant, sur les indications de Jacqueline Beausergeant, la maîtresse de Georges Accad[16], la bande, se faisant passer de nouveau comme étant de la sûreté militaire, se rend chez les frères Jules et Roger Peugeot, fabricants d’appareils électriques à Maisons-Alfort, et les emmènent à la villa de Suresnes « aux fins de confrontation ». Les deux frères sont enfermés dans la cave. Sous la menace des armes ils sont contraints de rédiger une lettre dans laquelle ils reconnaissent avoir fait des affaires avec les Allemands et eu des rapports avec la Gestapo. Les ravisseurs leur demandent un million de francs pour détruire la lettre. Ils refusent et sont torturés. Roger Peugeot finit par avouer avoir caché 125 Louis d’or. Ayant trouvé le magot, ils emmènent Jules Peugeot sur la route de Mantes et l’abattent à coups de revolver près du Pont de Sans-Souci. De retour à la villa ils trouvent leur complice resté garder Roger Peugeot grièvement blessé et le prisonnier raide mort. Ils enterrent les deux frères dans la Forêt de Fausses-Reposes près du Chesnay »

Alors pourquoi cette déclaration préliminaire de Melville? je n’en sais rien, et il ne pourra plus répondre, mais il me semble qu’elle vise à attirer l’attention sur son orientation spirituelle, puisque tous ceux qui avaient connu cette époque savaient bien que le scénario et le roman de Giovanni s’inspiraient de faits et de personnages réels : ainsi « Orloff » (qui dans le film a le beau rôle, celui de l’ami fidèle) était en réalité un agent de la Gestapo, s’appelant Alexandre Raineroff, fusillé le 8 mai 1945, Manouche était en 1944 la maîtresse de Paul Carbone, un truand marseillais appartenant à la Carlingue, la branche française de la Gestapo, Gustave Minda s’appelait en réalité Gustave Méla, dit « Gu le terrible », et avait réellement organisé l’attaque du train d’or en 1938, etc..
Je crois que Melville veut nous prévenir, par cette déclaration paradoxale, que son intention est tout autre que réaliste et historique : il ne raconte pas des faits, il n’essaie pas de bâtir un scénario crédible, (pas plus que dans ses autres grands films), mais il veut revenir sur la période de la Résistance (à laquelle il a participé) à laquelle il accorde une grande importance: c’était le temps où les vrais résistants se dépassaient et se sacrifiaient eux mêmes pour un idéal, qui était de sauver la France (mais aussi l’humanité).
Dans notre terminologie héritée de Brunschvicg, cela signifie que le plan spirituel (= »les cieux » dans la Bible) était manifeste, et que la voie vers lui était évidente, et consistait à faire le sacrifice du « vital » (ce qui est peut être la signification symbolique du sacrifice d’Isaac par Abraham dans la Torah).
Après la victoire de 1945 le plan spirituel sous cette forme manifeste (mais difficile à choisir, aussi les vrais résistants furent ils une infime minorité) se retira, et les « combattants de l’ombre » choisirent quelquefois, pour tenter de rester dans l’atmosphère de ces années, le banditisme.
D’autres, comme Melville, trouvèrent la voie de l’art.
D’où les contradictions de ce film, et d’autres du même genre, comme Le Samouraï, où les héros sont des crapules n’hésitant pas à tuer, mais ayant leur propre code de l’honneur , inspiré des sociétés guerrières.
Dans « L’armée des ombres » en 1969, la tâche de purification aura été menée à bien, et la Résistance nous sera présentée sous son vrai visage, celui de l’abnégation et du sacrifice.
Ceci grâce au personnage de Luc Jardie le mathématicien, joué par Paul Meurisse et inspiré de Jean Cavaillès, qui avait été avant guerre élève de Brunschvicg, tout comme Albert Lautman qui se sacrifia lui aussi pour la Résistance.

Que leur souvenir nous confirme dans notre choix de la voie spirituelle brunschvicgienne que nous appelons « Mathesis universalis » pour « résister » aux courants destructeurs de notre époque contemporaine.

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