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Le sens profond de l’œuvre cinématographique de Jean-Pierre Melville et l’Ouvert

Il est possible de voir “Le samouraï” (1967) gratuitement sur YouTube: Dépêchez vous d’en profiter, cela ne va certainement pas durer longtemps .Les liens que j’avais donné …

Source : Le sens profond de l’œuvre cinématographique de Jean-Pierre Melville et l’Ouvert

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Pour une intervention militaire européenne contre l’Etat islamique

« L’Europe est le continent de l’homme blanc »

disait Jules Romains au chapitre « Présentation de l’Europe en 1933 » qui termine son immense roman « Les hommes de bonne volonté ».

Jules Romains était « de gauche » et ne défendait certainement pas des positions pouvant être assimilées à un « racisme biologique », il se bornait à un constat historique qui, compte tenu des vagues migratoires, est et sera de moins en moins vrai. Mais est ce vraiment la couleur de la peau, ou autres paramètres physiques, qui permettent d’expliquer « l’esprit européen » et sa spécificité ?

L’humanité européenne est celle qui il y a un peu plus de quatre siècles s’est lancée dans l’entreprise scientifique non pas pour accroître sa puissance économique ou militaire, sa richesse ou son confort de vie par des objets standardisés issus de l’industrie puisque les industries, et le « progrès technique » à croissance forte voire exponentielle qu’elles ont permis ne sont venus que plus d’un siècle plus tard, au 18ème siècle, et surtout aux deux siècles suivants.
Non, si l’humanité européenne s’est lancée dans l’aventure scientifique, c’est comme l’a dit Husserl pour se donner une nouvelle forme de vie : l’autonomie, que seules certaines écoles philosophiques avaient expérimentée en Grèce antique

Et elle ne l’aurait pas fait peut être si elle avait connu d’avance les catastrophes que cela allait provoquer au 19ème siècle et surtout au 20 eme avec le surarmement nucléaire (mais il est vrai aussi que cela a sauvé l’Europe de l’invasion ottomane au 18ème siècle en 1760 grâce à sa supériorité militaire) ….
Mais Léon Brunschvicg va plus loin que Husserl (converti au christianisme à l’âge de 27 ans) en montrant que cette autonomie est la véritable et seule forme de vie religieuse: si l’Europe s’est lancée dans la science et a repris l’héritage philosophique Grec platonicien dans le cartésianisme et le spinozisme, c’est pour découvrir enfin la seule forme de vie qui convienne à l’humanité et à son idée de vérité et d’universalité : la vie religieuse qui est l’autonomie. Sur ce sujet voir tous les articles dans le hashtag :

#BrunschvicgRaisonReligion

dont le dernier datant d’aujourd’hui est:

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/2015/09/02/brunschvicgraisonreligion-troisieme-opposition-fondamentale-vie-religieuse-oui-mais-laquelle/
Pourquoi cette volonté de suicide de l’Europe lors des deux guerres mondiales qui ont commencé sur son sol, puis avec le nihilisme de la marchandise qui suit la « victoire » de 1945 ?
Je m’en suis expliqué dans cet article:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/08/17/la-vraie-raison-du-suicide-de-leurope/

mais en gros la raison en est que l’Europe, ou plutôt l’humanité européenne, à partir du 18ème siècle n’a pas pu se maintenir à la hauteur de ce « déplacement d’axe de la vie religieuse » qu’avait été au 17 eme siècle l’apparition d’une physique mathématique.

Car cet événement ou révolution copernicienne consistant en un « changement de paradigme » avait pour la première fois permis d’établir une discrimination évidente entre un monde de l’objectivité que j’appelle « plan vital » ou « monde naturel » et un plan spirituel ou « monde des idées » que déjà Platon avait découvert : il y a des idées universelles qui sont les idées mathématiques, sans lesquelles la science véritable, remplaçant l’ancienne physique aristotélicienne qui est tissu d’inepties puériles (« la pierre retombe par terre pour la même raison que la fumée s’élève dans le ciel : pour rejoindre son lieu naturel »!!!!), n’aurait pas pu voir le jour.
J’ai évoqué ci dessus la révolution copernicienne, mais l’époque de Copernic n’en a été que la première partie : il a fallu le travail philosophique des Descartes, Malebranche, Spinoza, Kant, Fichte, Wronski, Lachelier, Lagneau et enfin Brunschvicg pour compléter et achever cette révolution copernicienne qui s’énonce :

« Tout tourne autour de l’Idée »

C’est le contraire même du matérialisme, religieux ou philosophique, qui veut remettre l’idéalisme (hégélien ou autre) à l’endroit, mais c’est Marx, Lénine, Mao et Badiou qu’il faut remettre à l’endroit en les pendant par les pieds (ce qui fut le destin de Mussolini me semble t’il):

image

Je fais allusion bien sûr non pas à la pendaison physique (mode d’exécution favori des fascistes-communistes) mais à l’arcane XII du Tarot qui décrit cette « inversion de l’attraction » lorsque le révolution copernicienne-brunschvicgienne est complète : attraction de l’être « converti » non plus par la terre (« Eretz » du verset 1de la Genèse) qui est le plan vital, mais par le « ciel » qui est l’ordre de l’Esprit, le plan de l’Idée (« Shamayim » = cieux du verset 1 de Genèse, « royaume des cieux » de l’évangile).

L’humanite européenne est différente de toutes les autres parce qu’elle a créé au 17 ème siècle les conditions scientifiques (la physique mathématique)  de cette révolution copernicienne, selon laquelle le « centre qui est partout et nulle part » est le plan de l’Idée.

Seulement à cause de plusieurs facteurs, comme en philosophie l’action combinée des libertins athées du 18 ème siècle, et des réactionnaires religieux ou des romantiques du 19 ème, puis des déconstructeurs et matérialistes marxistes au 20 ème , l’humanité européenne n’a pas pu s’élevers à la hauteur de cet « esprit européen ».

Et il serait comique, si ce n’était aussi tragique, de constater l’incompréhension qui entoure cette spécificité indéniable de l’humanité européenne, travestie en un sentiment de supériorité « raciale » ou « culturelle ».

Or un tel sentiment d’être le « centre du monde » et donc supérieur à tous les autres était le point commun des peuples d’avant la révolution copernicienne et cartésienne, et notamment des peuples de l’antiquité : on fait grief aux juifs de clamer ou de penser tout bas qu’ils seraient le « peuple élu » mais ce sentiment était commun à tous les peuples de l’antiquité et d’après, malgré le triomphe du christianisme : les grecs appelaient « barbares » ceux qui ne parlaient pas grec, les hindous considèrent les non-hindous comme des « mlecchas » (sous-hommes), les arabo-musulmans héritent des judéo-nazaréens le sentiment d’être la communauté élue devant convertir toute l’humanité à la soumission à Allah par l’obéissance à la Sharia, et la savoureuse historiette de Platon sur Thalès tombant dans un trou parce qu’il regarde le ciel et les étoiles au lieu de regarder devant lui oppose justement l’esprit européen universaliste-scientifique (représenté par Thalès) et l’esprit de l’antiquité et des peuples primitifs d’avant la science porté par la servante thrace qui éclate de rire au spectacle du Sage se cassant la figure :

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/le-rire-de-la-servante-de-thrace/

La servante ne pouvait absolument pas comprendre l’attitude réflexive philosophique-scientifique de Thalès et croyait qu’il regardait au ciel pour rendre un culte à ses dieux!

et la chute de Thalès était pour elle une « preuve » de ce que ces dieux étaient inférieurs et incapables, par rapport aux siens propres, qu’elle situait non au ciel mais sous la terre, et qui étaient bien sûr « les meilleurs des dieux » (exactement comme les Egyptiens se représentaient les leurs et les hébreux LE leur, comme il est raconté dans la Bible).

Ce que l’on voit émerger dans cette merveilleuse histoire, c’est l’opposition du plan vital (terre) et du plan spirituel (ciel) et l’entrée en scène du dieu des philosophes et des Savants qui est celui de Thalès sans aucune commune mesure avec les dieux ethniques de la servante thrace, ou des autres peuples de l’antiquité.

Mais, comme le prouve l’existence du pangermanisme ou du panslavisme, l’Europe n’a pas pu se hisser à la hauteur de cet « esprit européen » selon lequel aucun peuple, aucune « communauté » ne peut être le centre qui est le plan de l’Idée.

D’où son « malaise dans la civilisation », sa crise (« crise des sciences européennes » de Husserl, « crise de la conscience européenne » de Paul Hazard) et finalement sa tentation de disparaitre en une « assomption » qui cache mal sa tentation du suicide. Car le plan vital (qui est fini) est de valeur nulle face au plan de l’Idée qui est l’Infini (ce que les théologies du passé  appelaient « Dieu »).

Il ne lui reste qu’une seule possibilité de rédemption : se lancer dans une guerre totalement juste, une guerre menée au nom de l’Idée.

On peut dire aussi : une véritable CROISADE, enfin !

Si l’on considère la Croix non plus comme la représentation de la crucifixion de Jésus Christ ,individu  juif  ayant vécu il y a 2000 ans puis mis à mort et ressuscité, mais comme symbole du plan vital et « naturel » par l’axe horizontal de la croix, et du plan spirituel de l’Idée, de son universalité et de son éternité absolues (sans concevoir l’éternité comme une perpétuité de durée, sur le modèle du plan vital et de ses représentations imaginaires) : l’instant sans durée, point idéal, véritable Idée, est le croisement des deux axes, du temps horizontal et de l’éternité verticale du plan spirituel.

Une Croisade au nom de l’Idée : mais de quelle Idée ?

pourquoi pas l’Idée de liberté et d’autonomie, cette forme (idée= forme en grec) de la vie spirituelle créée par l’humanité européenne lorsqu’elle s’est lancée dans l’aventure scientifique il y a quatre siècles ?

pourquoi pas au nom du plan de l’Idée, découvert par Thalès et Platon et redécouvert par Descartes lors du « déplacement d’axe de la vie religieuse » qu’a provoqué l’émergence d’une physique mathématique ?

voir:

https://mathesismessianisme.wordpress.com/la-querelle-de-latheisme-de-leon-brunschvicg/

pas une guerre du Bien contre le Mal , expression qui succomberait encore au manichéisme propre aux religions du passé, toutes établies sur le plan vital.

Une guerre totalement juste, menée au nom de et pour l’Idée (de Vérité, d’universalité, d’autonomie, de Bien au delà de l’être etc..)

Une guerre qui ne peut être menée que par l’esprit européen donc (d’où l’appel à une intervention européenne dans le titre de ce manifeste) contre l’absence d’esprit qui est celle propre au plan vital, représenté par l’Islam de Daesh (l’islam étant tel qu’il se manifeste dans le Coran l’introduction du plan vital dans plan spirituel).

Esprit européen qui ne peut être (collectivement parlant en tout cas) celui des USA, qui se croient et se considèrent comme le centre du monde civilisé.

Certes je ne suis pas naïf, je sais très bien que jamais les gouvernements européens actuels ne pourront se mettre d’accord sur une intervention militaire avec envoi de troupes au sol : parce qu’ils ne savent plus ce qu’est l’esprit européen, ni ce qu’est une guerre de l’Idée. Parce qu’ils ne connaissent que le plan vital (économique ou multiculturel, voire « religieux »  au sens des pseudo-religions du passé).

Seul le plan  de l’Idée peut justifier un « sacrifice » du plan vital (peut être est ce là le sens du sacrifice d’Abraham, dans un « pressentiment » du futur par les peuples primitifs ?), c’est à dire que l’on donne sa vie dans une guerre de l’Idée, qui est le contraire même d’une guerre idéologique (l’idéologie qui est celle du nazisme, du communisme ou de l’Islam se caractérisant par l’absence de l’Idée dans une pseudo-présence sur le mode ontologique qui est celui des étants naturels : « race aryenne ou germanique », « dictature du prolétariat », « oumma islamique comme communauté élue d’Allah »).

S’il a été possible en 1936 de recruter  sur la base du volontariat entièrement libre des « Brigades internationales » cela doit être possible pour mener la croisade, la guerre de l’Idée entièrement juste contre l’Etat islamique.

#BrunschvicgRaisonReligion troisième opposition fondamentale : vie religieuse…oui mais laquelle ?

Faisant suite à:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/08/14/brunschvicgraisonreligion-troisieme-opposition-fondamentale-dieu-humain-ou-dieu-divin/

Quatre décennies séparent « Raison et religion » (1939)d’Introduction à la vie de l’Esprit (1900) : entre temps l’Europe, ou plutôt la civilisation européenne a entamé en 1914 son suicide (qui était décidé depuis longtemps, comme nous l’avons vu:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/08/17/la-vraie-raison-du-suicide-de-leurope/

et qui est en train de se terminer maintenant sous nos yeux effarés.

La question, le problème religieux, explicité ici au dernier chapitre « La vie religieuse » de l’Introduction à la vie de l’esprit:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/09/01/brunschvicgintroduction-cest-vers-lesprit-quil-faut-se-tourner-pour-resoudre-le-probleme-religieux/

est le thème des deux ouvrages à quarante ans de distance, et singulièrement du dernier chapitre d’Introduction à la vie de l’esprit comme du chapitre 3 de « Raison et religion », portant sur la troisième opposition fondamentale : Dieu humain ou Dieu divin?
La première opposition fondamentale étant celle entre Moi (ou plan) vital et Moi spirituel, et la seconde entre monde véritable (mis en équations par la science) ou monde imaginaire (mis en vente au profit des pulsions munies de cartes de crédit).
C’est parce que le problème religieux n’a pas été résolu que le Dieu humain des idolâtries qui se donnent le nom de « religions » n’a pas cédé la place au Dieu divin, Dieu des philosophes et des savants, Dieu pauvre et dépouille, et maintenant c’est la fin de la pièce : « on ferme! » comme titrait un livre de Philippe Muray.
Au mieux l’aventure des dieux à noms propres se terminera comme dans « La vérité si je mens », par un mariage, au pire comme cela aurait pu se terminer dans le Thalys il y a une semaine : par un massacre. de toutes façons, massacre ou noce, c’est toujours le plan vital, la roue des générations qui naissent, vivent et disparaissent. L’appel de Brunschvicg à se tourner vers l’esprit est resté lettre morte.

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/raison_et_religion/brunschvicg_raison_et_religion.doc#c3

Il ne dit pas autre chose en 1939, quand le monde se prépare une nouvelle fois à basculer dans la guerre, qu’en 1900. Mais il le dit autrement, avec une conscience plus nette et plus aigüe de l’urgence, qui se situe tout entière dans la non résolution du problème religieux. Et c’est encore plus vrai aujourd’hui, 75 ans après., à cause de l’amplification provoquée par l’accélération de la mondialisation. (attention au terme « non résolution », le problème religieux n’est pas un problème d’artihmétique ou de géométrie élémentaire, il ne faudrait pas imaginer son éventuelle « solution » donnée une fois pour toutes, et après ça on n’aurait plus qu’à faire la fête et aller danser : cette « solution » comme le dit Brunschvicg dès 1900 nécessite, mais on peut dire je crois consiste à se tourner vers l’esprit,, vers ce que l’évangile appelle « royaume des cieux », formule même de la « conversion véritable », de la « metanoia »; or comme l’esprit est infini et le seul Infini, on n’en aura jamais « fini » avec lui)

Cette urgence du problème religieux implique, on le voit bien, les religions existantes, « toutes établies sur le plan vital » comme le note Brunschvicg, et parmi elles, en ce qui concerne l’Occident en tout cas, les trois « religions » dites « du Livre ». C’était déjà le cas, si l’on regarde bien, en 1939 puisque l’idéologie nazie se fondait sur la volonté d’éliminer physiquement le judaïsme européen, puis mondial (car il ne faut jamais oublier que le nazisme n’est pas un nationalisme mais vise à régner sur la planète entière), et aussi sur une haine farouche du christianisme accusé d’avoir « dévirilisé »les peuples d’Europe, en même temps que sur un admiration pour l’Islam et ses « vertus guerrières ». Or l’Islam est comme on le sait dérivé de la religion nazaréenne ou « judéo-chrétienne » des premiers siècles, comme le note Pierre Antoine Bernheim le grand historien des religions dans « Jacques frère de Jésus », il est en germe dans le noyau de cette secte guerrière (qui visait à reconquérir Jérusalem et y a finalement réussi, après avoir converti des tribus arabes) qui conservait la loi juive et y associait l’évangile, (de Matthieu) dans une conception desséchée de Jésus comme « Messie guerrier » qui allait mener les « élus » à la conquête du monde une fois Jérusalem reconquise et le Temple restauré. cette communauté des « élus » est tout simplement la « oumma islamiya », depuis 14 siècles.

On ne comprendrait rien au sens profond de la pensée de Brunschvicg si l’on y voyait une espèce  de « positivisme scientiste » cherchant une sorte de « supplément dâme » en revisitant les jardins du passé lors d’une sorte de « tour du propriétaire » et en cueillant quelques belles flleurs pas trop voyantes pour agrémenter le présent.

Bien au contraire, comme d’ailleurs il apparaît avec évidence dans « Introduction à la vie de l’esprit », la vie religieuse est le sommet et l’aboutissement de la vie spirituelle, si l’on définit l’esprit par la liberté et l’autonomie.

Mais l’on se tromperait encore plus gravement si l’on s’imaginait cette préoccupation religieuse comme un élan pour trouver le sens profond des religions positives, le judaîsme où se situe l’origine familiale de Brunschvicg et le christianisme en tant que « confession religieuse ».

Dès ses années de jeunesse Brunschvicg se sépare des formules légalistes et collectives du judaïsme, comme le révèle cette anecdote absolument savoureuse mais très profonde d’Etienne Gilson sur « le haricot de Brunschvicg » :

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/le-haricot-de-brunschvicg/

et bien sûr Gilson ne comprend rien,  comme le montrent les réflexions suivantes:

« Mais Brunschvicg, dans sa simplicité et sa sincérité, raconte à Gilson le moment exact où il s’est libéré de la “prison juive” (ainsi que l’appelle Jean Daniel) : “c’était au moment du jeûne : pour s’assurer qu’il ne cédait pas à un appétit bien naturel, notre philosophe mangea unharicot, UN SEUL (Brunschvicg appuyait sur “un”, car l’unicité de ce corps du délit lui garantissait la pureté de l’acte)..

Gilson :

j’essayai alors de lui faire comprendre  que l’idéalité même de sa rébellion était encore un triomphe du Lévitique”..

puis il se demande : “Quel est donc ce Dieu en esprit et en vérité auquel on se consacre en mangeant un haricot, et un seul ?” »

Mais il y a un passage encore plus savoureux dans le chapitre 3 de « Raison et religion » sur lequel je voudrais insister, ne fût ce que pour faire admirer ce que l’on pourrait appeler la maîtrise du « judo spirituel » de Brunschvicg.

Il a d’abord démonté, sans trop de peine, les prétendues « preuves rationnelles » de l’existence de Dieu..

Ensuite il commence ses travaux d’approche en donnant des gages, sans avoir l’air d’y toucher, à Pascal, qu’il admirait sincèrement (et comment ne pas lui donner raison ?) :

« Or, l’âme ainsi corrompue par le corps, ne permet plus à la raison d’exercer son office naturel. Pascal ne fera qu’aller jusqu’au bout de la doctrine en écrivant : « Le péché originel est folie devant les hommes ; mais on le donne pour tel, vous ne me devez donc pas reprocher le défaut de raison en cette doctrine puisque je la donne pour être sans raison. Mais cette folie est plus sage que toute la sagesse des hommes, sapientius est hominibus » . A quoi, en effet, la foi pourrait-elle nous commander de croire, si ce n’est au proprement incroyable ? »

puis à la religion (chrétienne) en se démarquant d’ailleurs des rationalistes naïfs :

« De ce point de vue, l’impuissance de la raison à faire la preuve que Dieu existe, loin d’ébranler la valeur de la religion, nous confirme dans la nécessité de mettre notre seul appui en la parole révélée »

mais tout de suite après, avec ce calme incroyable du grand torero vient la mise à mort :

« Perspective dont il ne s’agit pas de contester l’apparence séduisante, qui cependant ne laisse pas de provoquer un embarras inextricable.  »

C’est cette maîtrise qui manquera toujours à un Michel Onfray !

Je ne donne la suite que par acquis de conscience :

« On suppose, en effet, qu’entre ceux qui s’appellent croyants et ceux qu’on se plaît à traiter d’incrédules le débat n’a lieu qu’à partir d’une certaine position du problème, sur laquelle les deux partis seraient à l’avance d’accord, quitte pour les uns à répondre oui là où les autres répondent non. Mais il n’en peut pas être ainsi du moment qu’on s’estime tenu à ce minimum de cohérence logique qui est requis pour se fixer à soi-même la portée de ce qu’on affirme ou de ce que l’on nie. Il n’est pas permis de dire si Dieu existe ou non avant de savoir ce qu’il est ; et comment savoir ce qu’il est tant qu’on n’a pas démontré son existence ? Pour un objet qui n’est pas compris dans le tissu normal de l’expérience quotidienne, nature et preuve sont inséparables. La manière dont on arrive à l’existence de Dieu décidera des attributs qu’on lui reconnaît. Une chose est évidente : lorsque le fidéisme affecte de tourner en triomphe l’échec de la raison, il s’enlève à lui-même la base sur laquelle aurait pu s’établir le contenu de la révélation. »

et enfin la formule choc qui met fin à tous les doutes : non, la « vie religieuse » que Brunschvicg place au sommet de la vocation humaine n’a rien à voir avec les « automatismes sociaux et les représentations collectives », c’est à dire avec les cultes (qui sont le destin inéluctable du fidéisme et de toute attitude prétendant se passer de la raison:

« Il ne lui restera qu’une ressource, s’abandonner à l’automatisme du comportement social, sanctifier le préjugé d’une représentation collective transmise dans les symboles d’un langage impénétrable à la conscience claire et distincte. On a le sentiment que le problème a disparu dès l’instant où on a imaginé de l’ériger en mystère, formule de complaisance qui, à défaut de nous éclairer, serait capable d’endormir notre scrupule si par malheur la sociologie, qui rend compte du conformisme confessionnel, ne mettait en relief l’origine tout humaine d’une semblable attitude. »

et je ne résiste pas à citer ceci , quelques pages plus loin, véritable « achèvement »  de toute attitude mystique, fidéiste, qui ne peut que se perdre en un « nuage d’inconnaissance » (et j’ai bien peur que le terme ne doive être pris dans son acception la plus violente, radicale, terminale):

« En s’accrochant désespérément au fantôme de l’inconnaissable, la psychologie négative, comme la théologie négative, se ferme toute voie d’accès vers ce qui est cependant le but de son aspiration. Que nous définissions Dieu par ce qui nous manque pour l’atteindre, ou que nous isolions l’âme de sa durée et de son « milieu », nous serons également voués à nous perdre dans la contemplation muette et vide du néant. »

Mais ici bien sûr je dois plaider coupable d’avoir donné à la pensée de Brunschvicg un visage qui ne peut être le sien : celui de la volonté de faire mal à l’adversaire, de par les termes « martiaux » que j’ai utilisés….

or cet homme, ce Sage, ce Maître, était entièrement bonté, jamais il n’aurait pu même avoir l’idée d’agresser quiconque. Intraitable avec la seule chose qui compte, les idées, mais douceur, gentillesse et humilité avec les êtres, même et surtout les plus opposés à ce qu’il représentait .

Et le passage qui suit immédiatement le précédent est clair :

« Pour nous la leçon est péremptoire. Nous n’attendrons notre salut que de la réflexion rationnelle, portée à ce degré d’immanence et de spiritualité où Dieu et l’âme se rencontrent. Si Dieu est vérité, c’est en nous qu’il se découvre à nous, mais à la condition que Dieu ne soit que vérité. Le péril mortel serait que la profondeur idéaliste souffrît d’être indûment transposée, que l’imagination de l’être réapparût subrepticement qui aurait pour effet inévitable d’assimiler Dieu à un objet quelconque dans le champ de la réalité vulgaire, de transformer dès lors l’intuition d’ordre spirituel en un paralogisme ontologique.« 

#BrunschvicgRaisonReligion le prologue du Traité de la réforme de l’entendement de Spinoza

Source : #BrunschvicgRaisonReligion le prologue du Traité de la réforme de l’entendement de Spinoza

#BrunschvicgRaisonReligion seconde opposition fondamentale : monde imaginaire ou monde véritable

Chapitre 2 de. « Raison et religion »:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/raison_et_religion/raison_et_religion.html

« VIII. — Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. Qu’elle soit destinée à traduire l’impression propre de Pascal, ou qu’elle soit placée dans la bouche du libertin que l’auteur des Pensées travaille à convertir, la phrase du manuscrit posthume dénonce avec un éclat singulier ce qu’on pourrait appeler le mal de l’époque. L’éternel et l’infini, qui d’eux-mêmes paraissent faits pour conduire l’homme vers un Dieu lui-même éternel et infini, semblent l’en éloigner et l’en détourner. Comment comprendre cela ? Devant les révélations prodigieuses que l’astronomie moderne avec les conceptions rationnelles de Copernic et les découvertes télescopiques de Galilée lui apportait, il est arrivé que l’homme a perdu le contact de son monde, d’un univers restreint à la portée de ses sens, et qui lui parlait un langage familier. Tout y était expliqué par son intérêt, et derrière la gravité trompeuse d’un réalisme finaliste et théocentrique se développait, à l’abri d’une fausse sécurité, l’imagination anthropomorphique des peuples enfants. De même que le problème religieux se met différemment en équation suivant le niveau où le moi se considère, de même la conception du rapport entre la nature et Dieu se transforme suivant la norme de vérité à laquelle on se réfère.
Que la physique n’ait eu que l’apparence d’un savoir positif tant qu’elle n’était pas en possession de ces instruments que sont conjointement la coordination mathématique et la technique expérimentale, nous le savons assurément ; mais nous le savons seulement depuis trois siècles, bien court intervalle dans l’histoire de la planète et même de ses habitants humains, depuis le moment où la raison a pris conscience d’une méthode qui lui permet de mordre sur le réel en même temps que prenaient leur P034 forme définitive les victoires les plus mémorables de l’intelligence : découverte du principe d’inertie, composition mécanique des mouvements, identité de la matière céleste et de la matière terrestre.
Comment saura-t-on se prononcer entre les faux Dieux et le vrai, si l’on ne commence par opposer la fausse image du monde et son idée véritable, si l’on ne distingue pas radicalement dans l’usage du même terme vérité le mirage d’une imagination puérile et la norme incorruptible de la raison ?
 »

Le monde véritable est celui, créé, ou constitué, plutôt que révélé, par la science, par la physique mathématique au 17 eme siècle, un peu plus tôt si nous devons y inclure Copernic et nous le devons.

Le monde imaginaire est celui qui « parle à l’homme un langage familier » : celui des instincts, des passions, des plaisirs et des peines, des sens aussi, qui heureusement sont là pour que nous puissions continuer à vivre en remarquant les dangers, mais qui nous trompent aussi.

Dans le monde imaginaire, celui de la fausse sécurité comme de la fausse terreur, tout est centré sur le Moi vital: cet arbre est bon parce qu’il me donne son ombre pour me réfugier contre l’ardeur du Soleil, mais si la foudre le frappe et qu’il s’abat sur moi, il est mauvais.

Les sauvages remercient « Dieu » ou les dieux, ou les esprits des ancêtres, de les pourvoir en nourriture abondante si la saison est bonne ; et si plus loin une autre tribu est confrontée à la sécheresse et à la famine, c’est qu’ils n’ont pas les bons dieux.

La découverte d’un monde véritable qui ne parle que le langage, non familier, des entités mathématiques de la physique, constitue un « déplacement dans l’axe de la vie religieuse » comme Brunschvicg le dit ailleurs:

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/quelques-citations-eparses-de-brunschvicg-particulierement-eclairantes-voire-illuminatrices/

« Le fait décisif de l’histoire, ce serait donc, à nos yeux, le déplacement dans l’axe de la vie religieuse au XVIIe siècle, lorsque la physique mathématique, susceptible d’une vérification sans cesse plus scrupuleuse et plus heureuse, a remplacé une physique métaphysique qui était un tissu de dissertations abstraites et chimériques autour des croyances primitives.L’intelligence du spirituel à laquelle la discipline probe et stricte de l’analyse élève la philosophie, ne permet plus, désormais, l’imagination du surnaturel qui soutenait les dogmes formulés à partir d’un réalisme de la matière ou de la vie. L’hypothèse d’une transcendance spirituelle est manifestement contradictoire dans les termes ; le Dieu des êtres raisonnables ne saurait être, quelque part au delà de l’espace terrestre ou visible, quelque chose qui se représente par analogie avec l’artisan humain ou le père de famille. Étranger à toute forme d’extériorité, c’est dans la conscience seulement qu’il se découvre comme la racine des valeurs que toutes les consciences reconnaissent également. »

Il annonce ici en d’autres termes ce changement d’axe:

« Comment saura-t-on se prononcer entre les faux Dieux et le vrai, si l’on ne commence par opposer la fausse image du monde et son idée véritable, si l’on ne distingue pas radicalement dans l’usage du même terme vérité le mirage d’une imagination puérile et la norme incorruptible de la raison ? »

Notez qu’il n’oppose pas une fausse image à une image qui serait véritable, mais à une idée véritable parce que vérifiée selon des méthodes de plus en plus scrupuleuses.
Une image est toujours fausse, ou en tout cas particulière, non universelle, liée à un certain point de vue (spatio-temporel mais aussi ethnique) parce qu’elle repose sur l’instinct vital : l’image que j’ai de ce qui m’entoure me sert à utiliser au mieux mes capacités d’action pour améliorer ou protéger ma vie : je vois cet orage qui se prépare et dois penser à me mettre à l’abri.
Par contre je ne vois pas le tsunami qui va submerger la Thaïlande parce que c’est très loin : ma vie n’est pas menacé.
De plus c’est dans le passé et plus personne n’est menacé, pour le moment du moins.
Aussi le « voyage temporel » sous les formes vulgaires de certains récits est il et restera t’il une baliverne : non il est impossible que je revoie ce train d’il y a 20 ans, ou était 30 ans en arrière, cette fille dont j’ai croisé le regard et dont je suis tombé amoureux instantanément : je n’avais qu’à montrer suffisamment de courage pour l’aborder ce jour là!

Mais « l’homme délibératif », (dirons nous, par opposition au dragueur professionnel, à l’ivrogne ou à la racaille) préfère souvent jouer son petit Hamlet du pauvre : « passer pour un imbécile ou passer pour un con? Telle est la question! »…et il choisit généralement de « passer pour un imbécile plutôt que de parler, mettant ainsi fin à tous les doutes »

Par contre le voyage dans le temps, le « time travel », est un thème de réflexions fructueux pour les physiciens et les philosophes…

L’intellect et la réflexion sont nécessaires pour coordonner les « images » ,nou plutôt les différents repères liés aux différents observateurs, au moyen des formules de transformations de Lorentz par exemple en relativité restreinte: ne peut être dit « vrai » que ce qui est universel en unifiant les différents points de vue au moyen d’une coordination mathématique, indubitable car vérifiable: on a ainsi pu vérifier avec des chronomètres extrêmement précis que si un observateur prenait l’avion suffisamment longtemps, le temps écoulé pour lui ( dans son repère spatio-temporel en mouvement par rapport à celui d’un observateur resté immobile (sans prendre l’avion)était différent , un peu moins long, confirmant ainsi les prévisions de la théorie de la relativité.

Cela dit « La machine à explorer le temps » d’H’ W. Wells a joué pour moi un rôle initiatique quasiment: je me souviens encore de cette journée où j’étais seul à la maison et où j’ai quasiment dévoré le livre.

Je me souviens, je me revois « par la mémoire », c’est en moi, lié à toutes les réminiscences, à toutes les réflexions que cette rétrospection a provoquées depuis lors : opération spirituelle.

Mais il est illusoire d’imaginer construire une machine à voyager dans le temps afin de me retrouver « en face » de moi adolescent en train de lire le livre, dans le canapé rouge, avec le bruit des voitures passant dans l’avenue en bas..d’ailleurs je me demande ce que j’aurais à lui dire, à cet adolescent…à part « fais gaffe, à telle date reste au lit toute la journée, tu éviteras de gros ennuis »…

#BrunschvicgRaisonReligion l’opposition fondamentale plan vital-plan spirituel dans quatre films

Plus le temps passe plus je me rends compte combien cette opposition fondamentale décrite au chapitre 1 de « Raison et religion » est…fondamentale:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/05/19/brunschvicgraisonreligion-les-oppositions-fondamentales-moi-vital-ou-moi-spirituel/

J’ai vu les films dont je vais parler brièvement à la télévision, et récemment; oui je sais que ce n’est pas bien de regarder la télévision, même Arte, surtout Arte, mais j’ai regardé ces films, mea culpa, mea maxima culpa…

Premier film : « La révolution française » , il s’agit du film en deux partie de Robert Enrico sorti en 1989 pour le bicentenaire: « Les années lumière » et « Les années terribles ».
L’opposition fondamentale est ici symbolisée, et plus que cela, incarnée entre Danton et Robespierre. C’est encore plus évident dans le film « Danton », sorti en 1982, à cause du jeu de Depardieu.

Pour une soirée des grands ducs dans « Paris by night » , j’aurais choisi Danton plutôt que Robespierre…

Seulement il arrive comme souvent que Robespierre s’égare dans des illusions pseudo-religieuses qui le conduisent à sa fête de l’Etre Suprême en 1794, année terrible s’il en fût, peu de temps avant sa mort sur l’échafaud.

Alors que Danton, solidement relié au plan vital, a au moins évité ces billevesées, et n’aurait sans doute pas quant à lui cru en la nécessité de la Terreur.

Dieu est une Idée, celle de perfection et d’unité absolue, pas un étant ou un être suprême

Je pense qu’au final l’échec historique tragique de la Révolution, qui explique beaucoup concernant les deux siècles écoulés depuis, est dû à ce « pas de deux » entre Danton et Robespierre.
Deuxième film : « La ligne rouge » de Terrence Malick sur Arte dimanche dernier.
Ici encore l’opposition est traduite (ce qui convient évidemment au cinéma) par la polarité entre le sergent Welsh joué par Sean Penn, qui croit qu’il n’y a que ce seul monde, soit le plan vital, et le soldat Witt qui au début « déserte » en quelque sorte en vivant avec la tribu autochtone, juste avant la terrible bataille de Guadalcanal. Là encore le soldat Witt place cet « autre monde » dont il ne fait que rêver dans la nature si belle de l’île et une insondable « origine » dont croit il les autochtones et leur mode de vie sont plus proches que les américains.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/La_Ligne_rouge_(film,_1998)

L’ironie est ici que cette terrible bataille de Guadalcanal et les suivantes auraient pu être, envisagées dans leur véritable portée, celle d’une guerre d’idées, une voie vers l’esprit, car il FALLAIT (de la même façon que le shérif joué par Gary Cooper dans « High noon ») réduire à néant le Japon impérial comme le Reich hitlérien : seulement combien de soldats ou même d’officiers américains savaient ils cela ?

ce qui différencie les Idées véritables des simples concepts, c’est le caractère de nécessité et d’universalité absolue, présent dans les Idées mathématiques : Dieu est une Idée, non pas un être ou un simple concept, en ce sens que cette Idée oblige, sur le mode du « Tu dois », « Il faut », celui de la nécessité absolue, surplombant l’ordre de la chair.

Ceux qui ont compris une Idée mathématique ne peuvent plus faire comme si elle voulait signifier autre chose: de même ceux qui ont vu l’Idée de Dieu, qui est la plus haute, celle de la Perfection et de l’unité absolue, ne peuvent plus se dérober même au sacrifice suprême : il fallait anéantir le Japon impérial comme le Reich hitlerien, même au prix des atroces bombardements sur Hambourg, Dresde, Tokyo ou Hiroshima parce que l’idéologie hitlérienne comme celle de l’empereur japonais comme Dieu vivant allaient contre l’Idée d’unité Absolue. Et c’est pour la même raison qu’il faut anéantir l’Islam comme idéologie pervertie de l’Un.

Le troisième film est « Paris Texas » de Wim Wenders (1984) : la fuite de Travis (Harry Dean Stanton) dans le désert et la solitude et l’errance d’un clochard, loin de sa famille et de l’humanité « normale » ressemble bien à l’errance des hébreux au désert, qui symbolise dans la Torah le « parcours ascétique » entre le plan vital et le plan spirituel (qui est la « Terre promise »), sauf qu’il fuit à la suite d’un terrible échec de son couple. Il sera ramené de cet « entre deux », ce « no man’s land » par son frère dans le « monde des vivants » (le plan vital), et il fera à ce plan des générations une ultime concession en réunissant son fils de 8 ans avec la mère de celui ci, son ancienne compagne. Une terrifiante fusion de la mère, « celle qui dit le nom de celui qui dit non », et l’enfant, pendant que « celui qui dit non » prend la fuite en voiture loin de ces deux naufragés du monde moderne (de 1984, pendant ces 30 dernières années ce monde a encore évolué vers le chaos, comme l’on sait).

Enfin le dernier film est le chef d’œuvre de Kurosawa, « Les sept samouraïs » (1954), passé hier soir sur Arte.
On y reconnaît la tripartition indo-européenne entre les producteurs (les paysans), les guerriers (les samouraïs) et les sacerdotaux devenus de nos jours les intellectuels (vrais ou plus souvent de pacotille), qui au Japon sont les bonzes, mais sont bien absents du film. On doit y ajouter les bandits, qui se situent en dehors de l’ordre, mais sont analogues aux samouraïs.
Les producteurs représentent évidemment le plan vital, celui des cycles de saisons et des générations qui se succèdent. Les bonzes (ou les moines en Occident) sont liés au plan spirituel, ils sont donc tenus en principe à la chasteté ( seulement ils ont failli à leur mission et doivent donc être remplacés par les mathématiciens); quant aux guerriers (kshatriyas en Inde, chevalerie en Occident, samouraïs japonais) ils ont en principe une voie spirituelle qui leur est propre, et passe par le mépris de la mort et donc de la vie.
Seulement avec l’industrialisation moderne, qui est intervenue au Japon sous l’ère Meiji, tout ceci s’est perdu : et c’est ainsi que les soldats japonais en 1937 se sont rendus coupables en Chine de crimes de guerre et de viols innombrables. Qu’en aurait pensé les adeptes du Bushido?

Pour résumer, l’opposition entre plan spirituel et plan vital se manifeste avec évidence dans ces quatre films et dans bien d’autres, mais il n’y est montré qu’un « analogon » de l’Esprit, une fausse image qui voile ce qu’elle désigne.

Si l’on admet la thèse (scandaleuse certes) qui est la mienne et selon laquelle la seule ascèse qui oriente vers le plan spirituel est celle, intellectuelle, de la MATHESIS , tout s’explique : car les films ne font que « raconter des histoires », y compris lorsque rarement ils parlent de savants, comme c’est le cas avec John Nash dans « A beautiful mind » ou avec Alan Turing dans « The imitation game », en restreignant leur thématique aux problèmes psychiatriques de Nash ou à l’homosexualité de Turing, donc au psychique, au plan vital.

La dernière oeuvre qui a « raconté des histoires » sur le plan spirituel est la Torah où celui ci est symbolisé par la Terre Promise et regardez ce que cela a donné : une guerre interminable entre les trois « religions » qui se réclament du même Dieu unique!

C’est que les (pseudo) « religions » ont conçu Dieu comme un être suprême, et non comme une Idée qui seule peut unifier l’humanité comme le font les idées mathématiques : a t’on jamais vu une guerre entre mathématiciens rivaux Avec attentats terroristes et bombardements de villes ?

Comme dit Brunschvicg:

« Les trois propositions génératrices du scepticisme, de l’immoralisme et de l’athéisme sont : le vrai est, le bien est, Dieu est »

soit cette attitude mentale qui consiste à traiter les Idées comme des étants, attitude propre au plan vital mais qui ne fonctionne plus pour le plan spirituel, qui est intelligibilité et unité : les étants sont multiplicité pure, les Idées unifient.

Et les véritables athées sont donc les croyants, ceux qui disent que DIEU EST

Je terminerai avec un cinquième film que je n’ai pas vu à la télévision mais au cinéma à sa sortie et en streaming hier:

The canyons de Paul Schrader (qui était le scénariste de Taxi Driver en 1975)

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/The_Canyons

un film où le plan spirituel se manifeste là aussi et même encore plus intensément : par son absence totale, comme ce qui manque

comme dans la vraie vie quoi…

D’où l’impression de profond malaise que laisse le film…

Un « manque » qui est quand même « rendu visible » par les images d’anciens cinémas désaffectés et en ruine au générique..

Alexandre Grothendieck : allons nous continuer la recherche scientifique ? (1972)

Conférence-débat devant le CERN en janvier 1972:

Allons nous continuer la recherche scientifique ?

Au moment où il tint ces propos Grothendieck avait déjà rompu depuis 1970 au moins avec la recherche scientifique « officielle » pour tout un tas de motifs mais de manière déclarée parce qu’il s’était rendu compte des relations de cette recherche avec des organismes et des crédits militaires, c’était l’époque de la guerre du Vietnam et de ses « dérapages » depuis 1968 au moins (bombardements massifs , napalm, etc..) qu’il critiquait violemment.

Lire là dessus:

http://www.sciencesetavenir.fr/fondamental/20141114.OBS5058/pourquoi-alexandre-grothendick-a-t-il-rompu-avec-la-recherche-scientifique.html

J’ai très peu de connaissances de première main sur sa vie personnelle, aucune même, et je sais par expérience qu’il faut se méfier d’articles généralistes écrits sur un tel génie, à la personnalité si riche et si complexe, quant aux écrits de mathématiciens qui le connaissaient bien ils portent surtout sur les questions mathématiques.

Aussi de tels documents, où c’est Grothendieck lui même qui s’explique sur son changement d’attitude et sa déception face à la recherche fondamentale (après avoir été pendant les années 50 et 60 l’un des principaux « moteurs » du progrès des connaissances en mathématiques) sont ils précieux.

Mais celui ci est un peu décevant, à mon avis : nous y découvrons un homme libre, ce dont personne ne peut douter en examinant sa vie et sa carrière, qui peut plaquer d’un jour à l’autre, ce qui le passionnait et donnait un sens à sa vie.

De même il est assez libre pour se livrer à une critique sans concessions du milieu des « scientifiques », divisé entre les « grands » (dont il fait partie) et les « humbles »; un milieu qui apparaît comme une caste parmi les non scientifiques, mais qui est lui même séparé entre une caste supérieure et une caste inférieure.

Mais ne va t’il pas trop loin, dans un souci certes très noble d’autocritique, à laquelle il n’était absolument pas obligé (comme ces  anciens « mandarins » en Chine communiste qui devaient se livrer à leur « autocritique » mais eux contraints et forcés) ?

Est il exact qu’il y a deux motivations pour devenir un scientifique, disons un mathématicien, puisqu'(il ne parle que de ce qu’il connaît : le plaisir de se livrer à des voltiges intellectuelles incompréhensibles aux « non initiés », ou alors le fait d’avoir un salaire régulier ?

Franchement il existe des professions bien mieux payées, y compris dans la Fonction publique, et je ne pense pas que la situation ait été différente il y a 40 ans.

Il oublie simplement quelque chose qu’il ne peut pas ne pas savoir en parlant de cette séparation complète depuis 4 siècles de la connaissance rationnelle et scientifique vis à vis des autres genres de connaissances : artistique, religieuse, philosophique: c’est le fait justement que philosophie et science sont intimement liées, depuis Platon, même si depuis que le développement de la science s’est fait à marche forcée, la philosophie n’a pas pu suivre, de par sa nature même.

Pourquoi cette ardeur infatigable des grands mathématiciens à passer 15 heures par jour (comme il le dit dans le texte, « y compris lui même ») pour développer des théorèmes de plus en plus « complétement ésotériques », compris seulement par 15 ou 20 personnes dans le monde (et ceci dans plusieurs secteurs cloisonnés de la mathématique? pour un salaire médiocre ? pour le pur « plaisir de savoir », une sorte de « libido sciendi » comme celle dénoncée par Pascal à la fin de sa vie, située sur le même plan que le libido sexuelle ? pour le plaisir d’être le premier, de n’être compris que par de rares êtres humains ?

Allons donc !

Comme je me tue à le répéter ici depuis longtemps, mathématique (à un très haut niveau technique certes), puisque comme le dit Simone Weil, la mathématique n’est pas vulgarisable) et philosophie (ou plutôt : une certaine philosophie, qui est avant 1945 de tournure idéaliste et après, chez des gens comme Badiou, « matérialiste dialectique ») vont de pair pour constituer le sens « religieux » de l’existence, (enfin chez Brunschvicg, Badiou récuserait le terme « religieux », mais il loue l’ascèse) ) religieux aux deux sens de « religare » (unir les êtres cherchant l’intelligibilité) et « religere » (unir le multiple des phénomènes disparates dans le cadre d’une explication).

Même s’ils ne le savent pas, ou ne le savent qu’implicitement, les savants (mathématiciens et physiciens, mais aussi philosophes si tout cela va ensemble) sont la caste qui remplace celle des brahmanes en Inde ou des prêtres en Occident: leur motivation est fondamentalement religieuse, et c’est ce qui explique qu’ils suivent une ascèse vitale souvent très sévère, comme les anciens moines, mais à laquelle s’ajoute une ascèse intellectuelle.

Simone Weil distinguait trois sciences : grecque, classique, et moderne comme l’explique Laurent Lafforgue , et elle voulait revenir aux deux premières, la science classique « ayant perdu le Bien » et la moderne ayant perdu la « pensée » dans l’automatisme algébrique du maniement des signes:

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/2015/06/03/simone-weil-et-la-mathematique/

Grothendieck oscille, de temps en temps il parle de la science du 20 ème siècle,  la science moderne donc, qui selon lui n’a pas d’avenir, mais aussi assez souvent de la science des (quatre) derniers siècles, science classique puis moderne donc. Mais (page 26 du texte pdf) il évoque aussi au premier siècle (science grecque donc) une science des faisceaux de coniques, des sections coniques, qui était arrivé à un tel degré de complexité que les mathématiciens pensaient que c’était la fin des mathématiques, et qu’ils ont laissé tomber brutalement : cela n’a pas empêché la mathématique de continuer son développement.

Grothendieck est antimilitariste, cela se comprend, mais peut on vraiment se passer des militaires à l’heure actuelle où règne une atmosphère semblable à celle de la période d’avant la seconde guerre mondiale (qu’il a connue enfant et adolescent, puisqu’il est né en 1928)? le problème est il qu’il y ait des armées, ou pas plutôt le fait qu’aucun état, aucun pays, ne peut s’en passer ?

Il y a beaucoup de passages très beaux et très intéressants dans ce texte, comme celui où il parle d’un changement de société , d’une révolution qui mettra fin à la société industrielle, révolution qui passera par un changement complet des mentalités et des relations entre les êtres.

Ceci fait penser bizarrement à un autre mathématicien, américain celui là, Theodor Kaczinski, qui écrivit « La société industrielle et son avenir », un « manifeste » rendu célèbre par son évolution vers le terrorisme (il finit actuellement sa vie en prison, il a 73 ans).

Mais la disparition de la science sous sa forme actuelle, prévue par Grothendieck pour « les prochaines décennies » ne s’est pas produite 40 ans après , et la société occidentale ne s’est pas (encore) complètement effondrée. La physique continue à recevoir des crédits, on peut citer le LHC, qui passionne les scientifiques et pas mal de gens.

Quant à Grothendieck, il a repris la recherche mathématique, et a laissé après 1990 des textes d’un niveau extraordinaire comme celui sur « Les dérivateurs », plus 20000 pages (vingt mille !!!) de notes qui sont actuellement déchiffrées et numérisées et seront mises un jour à disposition de tout le monde (voulant s’y intéresser)  sur Internet…Internet, autre chose qu’il n’avait pas prévue en 1972, et qui a complètement bouleversé la recherche scientifique et lui a donné un nouvel et fantastique essor.

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2015/06/17/des-milliers-de-manuscrits-du-genie-des-maths-alexandre-grothendieck-bientot-numerises_4656174_1650684.html

Qui peut savoir ce qui se produira au 21 ème siècle ? pas moi en tout cas, même si l’on peut d’ores et déjà déceler des signaux qui font craindre le pire (plus les nouvelles guerres de religion que le climat, à mon avis) …

Certes la Raison entièrement désintéressée, « apercevant le Dieu des philosophes », le scrupule des savants uniquement préoccupés d’enrichir le trèsor commun des connaissances, tout cela, dans les écrits de Léon Brunschvicg que je cite régulièrement, apparaît comme un enjolivement par rapport à l’existence réelle des scientifiques en chair et en os, préoccupés comme les autres de carrière, d’agent, de célébrité ?

Mais cela ne déclenche t’il pas en nous un scandale plus grand que de savoir que les milieux politiques et économiques sont régulièrement concernés par la corruption ?

N’est ce pas le signe que d’une certaine façon, nous approuvons ce que dit Brunschvicg sur la probité intellectuelle des savants, caste non héritée par le sang mais par l’esprit et qui remplace les anciens ordres religieux (comme le montre aussi le film « Le théorème zéro » de Terry Gilliam ?

Et Grothendieck, sans nul doute un des plus grands savants du 20 ème sièlce avec Einstein, n’est il pas par lui même la preuve, y compris dans cet article qui semble attaquer la science, de cette probité intraitable qui atteint un niveau véritablement religieux ?

 

albert-einstein-intriging-questions-01 Alexander-Grothendieck