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Pour une intervention militaire européenne contre l’Etat islamique

« L’Europe est le continent de l’homme blanc »

disait Jules Romains au chapitre « Présentation de l’Europe en 1933 » qui termine son immense roman « Les hommes de bonne volonté ».

Jules Romains était « de gauche » et ne défendait certainement pas des positions pouvant être assimilées à un « racisme biologique », il se bornait à un constat historique qui, compte tenu des vagues migratoires, est et sera de moins en moins vrai. Mais est ce vraiment la couleur de la peau, ou autres paramètres physiques, qui permettent d’expliquer « l’esprit européen » et sa spécificité ?

L’humanité européenne est celle qui il y a un peu plus de quatre siècles s’est lancée dans l’entreprise scientifique non pas pour accroître sa puissance économique ou militaire, sa richesse ou son confort de vie par des objets standardisés issus de l’industrie puisque les industries, et le « progrès technique » à croissance forte voire exponentielle qu’elles ont permis ne sont venus que plus d’un siècle plus tard, au 18ème siècle, et surtout aux deux siècles suivants.
Non, si l’humanité européenne s’est lancée dans l’aventure scientifique, c’est comme l’a dit Husserl pour se donner une nouvelle forme de vie : l’autonomie, que seules certaines écoles philosophiques avaient expérimentée en Grèce antique

Et elle ne l’aurait pas fait peut être si elle avait connu d’avance les catastrophes que cela allait provoquer au 19ème siècle et surtout au 20 eme avec le surarmement nucléaire (mais il est vrai aussi que cela a sauvé l’Europe de l’invasion ottomane au 18ème siècle en 1760 grâce à sa supériorité militaire) ….
Mais Léon Brunschvicg va plus loin que Husserl (converti au christianisme à l’âge de 27 ans) en montrant que cette autonomie est la véritable et seule forme de vie religieuse: si l’Europe s’est lancée dans la science et a repris l’héritage philosophique Grec platonicien dans le cartésianisme et le spinozisme, c’est pour découvrir enfin la seule forme de vie qui convienne à l’humanité et à son idée de vérité et d’universalité : la vie religieuse qui est l’autonomie. Sur ce sujet voir tous les articles dans le hashtag :

#BrunschvicgRaisonReligion

dont le dernier datant d’aujourd’hui est:

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/2015/09/02/brunschvicgraisonreligion-troisieme-opposition-fondamentale-vie-religieuse-oui-mais-laquelle/
Pourquoi cette volonté de suicide de l’Europe lors des deux guerres mondiales qui ont commencé sur son sol, puis avec le nihilisme de la marchandise qui suit la « victoire » de 1945 ?
Je m’en suis expliqué dans cet article:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2015/08/17/la-vraie-raison-du-suicide-de-leurope/

mais en gros la raison en est que l’Europe, ou plutôt l’humanité européenne, à partir du 18ème siècle n’a pas pu se maintenir à la hauteur de ce « déplacement d’axe de la vie religieuse » qu’avait été au 17 eme siècle l’apparition d’une physique mathématique.

Car cet événement ou révolution copernicienne consistant en un « changement de paradigme » avait pour la première fois permis d’établir une discrimination évidente entre un monde de l’objectivité que j’appelle « plan vital » ou « monde naturel » et un plan spirituel ou « monde des idées » que déjà Platon avait découvert : il y a des idées universelles qui sont les idées mathématiques, sans lesquelles la science véritable, remplaçant l’ancienne physique aristotélicienne qui est tissu d’inepties puériles (« la pierre retombe par terre pour la même raison que la fumée s’élève dans le ciel : pour rejoindre son lieu naturel »!!!!), n’aurait pas pu voir le jour.
J’ai évoqué ci dessus la révolution copernicienne, mais l’époque de Copernic n’en a été que la première partie : il a fallu le travail philosophique des Descartes, Malebranche, Spinoza, Kant, Fichte, Wronski, Lachelier, Lagneau et enfin Brunschvicg pour compléter et achever cette révolution copernicienne qui s’énonce :

« Tout tourne autour de l’Idée »

C’est le contraire même du matérialisme, religieux ou philosophique, qui veut remettre l’idéalisme (hégélien ou autre) à l’endroit, mais c’est Marx, Lénine, Mao et Badiou qu’il faut remettre à l’endroit en les pendant par les pieds (ce qui fut le destin de Mussolini me semble t’il):

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Je fais allusion bien sûr non pas à la pendaison physique (mode d’exécution favori des fascistes-communistes) mais à l’arcane XII du Tarot qui décrit cette « inversion de l’attraction » lorsque le révolution copernicienne-brunschvicgienne est complète : attraction de l’être « converti » non plus par la terre (« Eretz » du verset 1de la Genèse) qui est le plan vital, mais par le « ciel » qui est l’ordre de l’Esprit, le plan de l’Idée (« Shamayim » = cieux du verset 1 de Genèse, « royaume des cieux » de l’évangile).

L’humanite européenne est différente de toutes les autres parce qu’elle a créé au 17 ème siècle les conditions scientifiques (la physique mathématique)  de cette révolution copernicienne, selon laquelle le « centre qui est partout et nulle part » est le plan de l’Idée.

Seulement à cause de plusieurs facteurs, comme en philosophie l’action combinée des libertins athées du 18 ème siècle, et des réactionnaires religieux ou des romantiques du 19 ème, puis des déconstructeurs et matérialistes marxistes au 20 ème , l’humanité européenne n’a pas pu s’élevers à la hauteur de cet « esprit européen ».

Et il serait comique, si ce n’était aussi tragique, de constater l’incompréhension qui entoure cette spécificité indéniable de l’humanité européenne, travestie en un sentiment de supériorité « raciale » ou « culturelle ».

Or un tel sentiment d’être le « centre du monde » et donc supérieur à tous les autres était le point commun des peuples d’avant la révolution copernicienne et cartésienne, et notamment des peuples de l’antiquité : on fait grief aux juifs de clamer ou de penser tout bas qu’ils seraient le « peuple élu » mais ce sentiment était commun à tous les peuples de l’antiquité et d’après, malgré le triomphe du christianisme : les grecs appelaient « barbares » ceux qui ne parlaient pas grec, les hindous considèrent les non-hindous comme des « mlecchas » (sous-hommes), les arabo-musulmans héritent des judéo-nazaréens le sentiment d’être la communauté élue devant convertir toute l’humanité à la soumission à Allah par l’obéissance à la Sharia, et la savoureuse historiette de Platon sur Thalès tombant dans un trou parce qu’il regarde le ciel et les étoiles au lieu de regarder devant lui oppose justement l’esprit européen universaliste-scientifique (représenté par Thalès) et l’esprit de l’antiquité et des peuples primitifs d’avant la science porté par la servante thrace qui éclate de rire au spectacle du Sage se cassant la figure :

https://mathesisuniversalis.wordpress.com/le-rire-de-la-servante-de-thrace/

La servante ne pouvait absolument pas comprendre l’attitude réflexive philosophique-scientifique de Thalès et croyait qu’il regardait au ciel pour rendre un culte à ses dieux!

et la chute de Thalès était pour elle une « preuve » de ce que ces dieux étaient inférieurs et incapables, par rapport aux siens propres, qu’elle situait non au ciel mais sous la terre, et qui étaient bien sûr « les meilleurs des dieux » (exactement comme les Egyptiens se représentaient les leurs et les hébreux LE leur, comme il est raconté dans la Bible).

Ce que l’on voit émerger dans cette merveilleuse histoire, c’est l’opposition du plan vital (terre) et du plan spirituel (ciel) et l’entrée en scène du dieu des philosophes et des Savants qui est celui de Thalès sans aucune commune mesure avec les dieux ethniques de la servante thrace, ou des autres peuples de l’antiquité.

Mais, comme le prouve l’existence du pangermanisme ou du panslavisme, l’Europe n’a pas pu se hisser à la hauteur de cet « esprit européen » selon lequel aucun peuple, aucune « communauté » ne peut être le centre qui est le plan de l’Idée.

D’où son « malaise dans la civilisation », sa crise (« crise des sciences européennes » de Husserl, « crise de la conscience européenne » de Paul Hazard) et finalement sa tentation de disparaitre en une « assomption » qui cache mal sa tentation du suicide. Car le plan vital (qui est fini) est de valeur nulle face au plan de l’Idée qui est l’Infini (ce que les théologies du passé  appelaient « Dieu »).

Il ne lui reste qu’une seule possibilité de rédemption : se lancer dans une guerre totalement juste, une guerre menée au nom de l’Idée.

On peut dire aussi : une véritable CROISADE, enfin !

Si l’on considère la Croix non plus comme la représentation de la crucifixion de Jésus Christ ,individu  juif  ayant vécu il y a 2000 ans puis mis à mort et ressuscité, mais comme symbole du plan vital et « naturel » par l’axe horizontal de la croix, et du plan spirituel de l’Idée, de son universalité et de son éternité absolues (sans concevoir l’éternité comme une perpétuité de durée, sur le modèle du plan vital et de ses représentations imaginaires) : l’instant sans durée, point idéal, véritable Idée, est le croisement des deux axes, du temps horizontal et de l’éternité verticale du plan spirituel.

Une Croisade au nom de l’Idée : mais de quelle Idée ?

pourquoi pas l’Idée de liberté et d’autonomie, cette forme (idée= forme en grec) de la vie spirituelle créée par l’humanité européenne lorsqu’elle s’est lancée dans l’aventure scientifique il y a quatre siècles ?

pourquoi pas au nom du plan de l’Idée, découvert par Thalès et Platon et redécouvert par Descartes lors du « déplacement d’axe de la vie religieuse » qu’a provoqué l’émergence d’une physique mathématique ?

voir:

https://mathesismessianisme.wordpress.com/la-querelle-de-latheisme-de-leon-brunschvicg/

pas une guerre du Bien contre le Mal , expression qui succomberait encore au manichéisme propre aux religions du passé, toutes établies sur le plan vital.

Une guerre totalement juste, menée au nom de et pour l’Idée (de Vérité, d’universalité, d’autonomie, de Bien au delà de l’être etc..)

Une guerre qui ne peut être menée que par l’esprit européen donc (d’où l’appel à une intervention européenne dans le titre de ce manifeste) contre l’absence d’esprit qui est celle propre au plan vital, représenté par l’Islam de Daesh (l’islam étant tel qu’il se manifeste dans le Coran l’introduction du plan vital dans plan spirituel).

Esprit européen qui ne peut être (collectivement parlant en tout cas) celui des USA, qui se croient et se considèrent comme le centre du monde civilisé.

Certes je ne suis pas naïf, je sais très bien que jamais les gouvernements européens actuels ne pourront se mettre d’accord sur une intervention militaire avec envoi de troupes au sol : parce qu’ils ne savent plus ce qu’est l’esprit européen, ni ce qu’est une guerre de l’Idée. Parce qu’ils ne connaissent que le plan vital (économique ou multiculturel, voire « religieux »  au sens des pseudo-religions du passé).

Seul le plan  de l’Idée peut justifier un « sacrifice » du plan vital (peut être est ce là le sens du sacrifice d’Abraham, dans un « pressentiment » du futur par les peuples primitifs ?), c’est à dire que l’on donne sa vie dans une guerre de l’Idée, qui est le contraire même d’une guerre idéologique (l’idéologie qui est celle du nazisme, du communisme ou de l’Islam se caractérisant par l’absence de l’Idée dans une pseudo-présence sur le mode ontologique qui est celui des étants naturels : « race aryenne ou germanique », « dictature du prolétariat », « oumma islamique comme communauté élue d’Allah »).

S’il a été possible en 1936 de recruter  sur la base du volontariat entièrement libre des « Brigades internationales » cela doit être possible pour mener la croisade, la guerre de l’Idée entièrement juste contre l’Etat islamique.

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« Héros malgré lui » de Stephen Frears

J’avais déjà vu plusieurs ce film tout à fait divertissant et amusant (sur le mode grinçant), avec Dustin Hoffman et Andy Garcia:

http://fr.m.wikipedia.org/wiki/Héros_malgré_lui

je l’ai revu dernièrement par hasard et me suis rendu compte qu’il décrit la façon dont le mythe christique du Dieu sauveur devient celui du heros des médias (on oublie la crucifixion, ce n’est pas photogénique) monté en épingle artificiellement pour des raisons fort peu religieuses.

Quelle meilleure illustration pourrait on trouver du propos de Brunschvicg:

« Voilà pourquoi les religions, établies sur le plan vital, ont beau condamner le manichéisme, il demeure à la base de leur représentation dogmatique… »

Ici ce manichéisme pratique aboutit à l’opposition absolue entre Bernie Laplante (Dustin Hoffman) petit escroc raté et cynique qui réussit à merveille à cacher ses bons côtés , et John Bubber qui incarne si bien le heros sauveur et christique peut être…par ce qu’il en est vraiment un, comme il l’a montré au Vietnam avant de sombrer dans la clochardisation.

Seulement la vérité factuelle est que c’est Bernie qui a sauvé les passagers, et non pas John Bubber.

Cette opposition se retrouve dans le mythe chrétien entre Jésus et Barabbas le voleur, ou entre Jésus et Judas le traître.

Mais certaines théories non conformes à la légende officielle identifient Jésus et Barabbas (= »le fils du Père ») ou bien même Jésus et Judas, d’autres rendent justice à Judas en insistant sur l’importance de son rôle pour que le mythe s’accomplisse (de même que Satan dans le livre de Job est le serviteur des desseins de Dieu, non son adversaire).
Le christianisme est fondé sur l’identification d’un personnage mythique ou « idéal » (le Christ ou Oint ou Messie) et d’un personnage humain ayant (sans doute ?) réellement existé: c’est là sa force, car cela répond aux aspirations fondamentales du cœur humain, mais aussi sa faiblesse (parce que la vérité toute nue finit toujours par se savoir).
On doit cependant rendre grâce à l’Evangile de Jean, qui a identifié Jésus non plus avec un Messie, mais avec le Verbe, le Logos, la « Raison universelle des esprits » dira Malebranche.

L’alternative est la religion des « judéo-chrétiens », des nazaréens qui ne retient de l’Evangile que la conception de Jésus comme Messie guerrier : cela aboutira à l’Islam quelques siècles plus tard, l’Evangile de Jean nous aura sauvés de cela…provisoirement ?
Il suffira alors pour aboutir à une « religion » enfin universelle d’oublier les mythes, et même d’oublier Jésus (remplacé par Descartes) pour ne retenir que le Verbe, qui n’est pas un mythe mais est ce qui rend possible pour les humains d’élaborer une science et une philosophie universelles, se développant pour aboutir « asymptotiquement » (à la « Fin des Temps ») à la Vérité qui est Dieu (cf Spinoza).
Brunschvicg citant Malebranche le dit beaucoup mieux : « nous ne doutons pas que Dieu est en nous puisque comme le dit Malebranche nous avons toujours du mouvement pour aller plus loin ».

Descartes et Malebranche : deux faces d’un même joyau

J’ai parlé récemment de deux arcanes majeurs du Tarot : l’Amoureux VI et le Pendu XII:

https://mathesisuniversalis2.wordpress.com/2015/05/07/le-tarot-sur-mathesis-universalis/

Il est facile de déceler Nicolas Malebranche, le disciple de Descartes, le prêtre de l’Oratoire, l’un des plus grands philosophes français, sous les symboles de l’Amoureux comme du Pendu: l’attraction du « ciel », du « monde spirituel », prédomine chez lui jusqu’à supprimer presqu’entièrement l’attraction de la « terre », c’est à dire du monde sensible.

Témoin cette citation tirée de la Préface à la Recherche de la vérité:

http://fr.m.wikisource.org/wiki/De_la_recherche_de_la_vérité/Préface

« L’esprit devient plus pur, plus lumineux, plus fort et plus étendu à proportion que s’augmente l’union qu’il a avec Dieu, parce que c’est elle qui fait toute sa perfection. Au contraire, il se corrompt, il s’aveugle, il s’affaiblit et il se resserre à mesure que l’union qu’il a avec son corps s’augmente et se fortifie, parce que cette union fait aussi toute son imperfection. Ainsi un homme qui juge de toutes choses par ses sens, qui suit en toutes choses les mouvements de ses passions, qui n’aperçoit que ce qu’il sent, et qui n’aime que ce qui le flatte, est dans la plus misérable disposition d’esprit où il puisse être ; dans cet état il est infiniment éloigné de la vérité et de son bien. Mais lorsqu’on homme ne juge des choses que par les idées pures de l’esprit, qu’il évite avec soin le bruit confus des créatures, et que rentrant en lui-même il écoute son souverain maître dans le silence de ses sens et de ses passions, il est impossible qu’il tombe dans l’erreur. »

Il n’en va pas de même pour Descartes : beaucoup le retrouveront plutôt dans l’arcane du Bateleur (lame I) qui dans les versions anglo-saxonnes du Tarot devient « The Magician », ou même dans l’arcane XV : le Diable.

Ainsi Dany Robert-Dufour voit en Descartes l’origine de ce qu’il appelle le « délire occidental », titre de son dernier livre.

Voici un texte de Maurice Blondel sur l’anti-cartésianisme de Malebranche (alors que Ferdinand Alquié a écrit « Le cartésianisme de Malebranche »):

http://classiques.uqac.ca/classiques/blondel_maurice/anticartesianisme_malebranche/anticartesianisme_malebranche.html

Mais comment peut on parler de l’anti-cartésianisme du disciple principal de Descartes?

Blondel explique le problème:

« C’est un lieu commun de présenter Malebranche comme un disciple de Descartes : disciple original sans doute, ajoute-t-on, et qui en s’inspirant de la méthode et de la doctrine cartésiennes ne reconnaît pourtant point d’autre maître que celui qui, Verbe et Raison, parle intérieurement à l’âme attentive dans le silence des sens et des passions ; disciple éclectique et libre qui, dans sa solitude de « méditatif » et dans son milieu oratorien, pénètre son système très poussé et très personnel d’influences venues de Platon, de Plotin et plus profondément encore de saint Augustin ; mais enfin disciple du philosophe dont les écrits lui avaient révélé sa vocation de philosophe et lui avaient fourni, semble-t-il, le cadre général, les grandes lignes, les termes expressifs et comme l’atmosphère de sa spéculation, son « principe des idées claires », son dualisme radical de l’étendue et de la pensée, sa physique mécaniste, sa preuve de Dieu par l’idée même de Dieu, et sa façon de rattacher aux attributs divins les idées directrices de sa doctrine…….

…..Et cependant mon dessein est d’indiquer ici je ne dis pas les différences, je ne dis pas les contrastes et les divergences ou même les oppositions multiples, mais l’opposition foncière et totale qui, plus peut-être qu’on ne l’a noté d’ordinaire, plus assurément que Malebranche ne l’a compris et senti, les oriente réellement au rebours l’un de l’autre. Au point que, laissant presque de côté les innovations et les théories propres de Malebranche, et me bornant souvent à celles mêmes où, au prix de quelques infidélités, semble-t-il, il se rencontre et coïncide partiellement avec Descartes, je montrerai que, loin de nous faire illusion, ces emprunts apparents doivent, bien interprétés, servir à manifester l’Anti-Cartésianisme latent, mais radical et universel de l’auteur des Entretiens sur la Métaphysique. Comment est-il possible qu’il en soit ainsi ? »

C’est que les desseins, les orientations de ces philosophies sont radicalement sur opposés en apparence:

« Tandis que Descartes, sous de prudentes apparences et aussi à travers les sincères désirs de sa foi, cherche dans la connaissance de Dieu, de nous-mêmes et du monde un moyen d’obtenir, de justifier, d’assurer, d’étendre l’emprise de l’homme sur la nature, un moyen donc d’améliorer ou même de prolonger notre existence terrestre et de conquérir l’avenir, Malebranche, lui, ne considère la vie présente, la science humaine, la philosophie que comme les échelons de notre réintégration en Dieu, comme la préparation et l’anticipation ébauchée de l’autre vie, comme le moyen de conquérir, ou si ce mot évoque une idée d’activité qui répugne à sa doctrine, d’accueillir l’éternité. »

En d’autres termes, et selon la dualité que nous avons établie entre l’axe vertical de la Croix qui représente l’éternité immanente de l’Esprit Infini, et l’axe horizontal du Monde et de la perpétuité indéfinie, Descartes est tourné vers le Monde (qui est représenté dans le Tarot par l’arcane XXI « Le Monde ») tandis que Malebranche est tourné vers Dieu: mais ils sont tous deux au centre de la Croix, qui est l’instant de la réflexion débouchant sur le jugement (arcane XX), ils sont simplement les deux faces opposées (anti-cartésianisme) d’une même médaille (qui est la philosophie et la religion véritable, l’idéalisme mathématisant ou platonisme évolutif, « en mouvement »).

Le Tarot doit être interprété comme décrivant les opérations immanentes de l’intelligence humaine, mais dans le langage des mythologies religieuses anciennes, datant d’avant la ligne de démarcation cartésienne.

Ainsi l’arcane du Jugement (lame XX) évoque t’il le « Jugement dernier », (qui n’est autre que la prise de conscience de l’Esprit dans sa différence radicale avec l’extériorité du « monde ») mais doit être compris comme le jugement immanent qui permet justement d’établir l’objectivité dans sa différence radicale avec le Sujet.

C’est un fait qui appelle la réflexion : il y a deux cartes « spéciales » parmi les 22 arcanes dis « majeurs » : la carte numérotée 13 qui ne porte pas de nom (dans la version du Tarot de Marseille qui est la seule faisant autorité) et qui est la Mort et la carte du Fou aussi appelé le Mat (venant d’un mot persan voulant dire « mort ») qui ne porte pas de nombre, et peut donc occuper n’importe quelle position.

Cette carte du Fou est parfois nombrée « zéro » ce qui peut avoir un sens si l’on se souvient du sens de la notion d’un objet nul (« zéro objectif ») dans la théorie des catégories:

http://ncatlab.org/nlab/show/zero+object

C’est un objet qui est à la fois initial et terminal, c’est à dire qui possède une flèche (une relation) unique (universelle) vers tous les autres objets (qui sont ici les arcanes majeurs du Tarot) et une flèche unique venant des autres objets.

Cette notion d’objet nul conduit à celle de morphisme nul (« zero morphism »):

http://ncatlab.org/nlab/show/zero+morphism

Entre deux objets quelconques (ici deux arcanes) il existe une relation unique: celle qui se factorise par l’objet nul.

Pourquoi Brunschvicg appelle t’il dans sa « querelle de l’athéisme » la physique mathématique (et non la métaphysique prétendue « éternelle », tissu de mots) un « changement d’axe de la vie religieuse » ?
Par ce qu’elle possède en elle même les deux orientations : vers le Monde, pour accroître par la technoscience la maîtrise de l’homme sur la Nature, ou vers l’Esprit (Dieu) en discriminant radicalement entre l’objectivité des « contenus » qui sont les « chocs sensibles de l’exteriorité » et la subjectivité universelle des opérations spirituelles qui sont les idéalités mathématiques, à l’œuvre dans les jugements scientifiques qui sont les théorèmes, les « vérités éternelles » de Descartes.

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